Évaluations en tant que pratiques sociales
Contrôler pour (de)valoriser et/ou accompagner pour (de)former

Coordonné parLucie Aussel & Emmanuelle Annoot

laussel@univ-tlse2.fr- emmanuelle.annoot1@univ-rouen.fr 

Résumé 

Ce numéro souhaite aborder la diversité des pratiques évaluatives dans les champs scolaire et professionnel afin de questionner ses visées (fonctions) et ses effets, qu’ils soient désirés ou non, tel que le formule le titre « contrôler pour (de)valoriser et/ou accompagner pour (de)former ». Les contributeur×rice×s sont invité×e×s à pointer, à travers leurs travaux, les logiques dialectiques qui traversent ces pratiques multiples. Ainsi, une perspective ouverte de l’évaluation est privilégiée celle-ci pouvant avoir pour objet(s) des apprentissages, des enseignements, des dispositifs.

Argumentaire détaillé

Ce numéro s’empare de la question de l’évaluation au cœur de l’éducatif sans l’exclure du champ social. Ainsi, dans le champ de l’éducation, nous constatons que l’évaluation se généralise et se globalise (Hadji, 2014; Jorro, 2015). Les certificats, brevets, permis (à points, par exemple) se multiplient. Les chercheur×se×s, constatent que les interdictions, les obligations, les cadrages, les contrôles organisent de plus les vies de tou×te×s citoyen×ne×s, mais vers quel avenir ? Une perspective internationale permet de comparer les diplômes (classement de Shanghaï) donc aussi les formations qui y conduisent. Dans le même courant, les enquêtes PISA[1]classent les pays par rang, ce qui permet non seulement de réfléchir sur les systèmes les plus « efficaces » (selon les critères PISA) mais aussi de suivre l’évolution des classements.

Au sein des communautés scientifique (chercheur×se×s), professionnelle (évaluateur×rice×s) et hybride (chercheur×se×s-évaluateur×rice×s), ce numéro thématique a pour ambition de mettre en perspective les débats à la fois à propos des savoirs théoriques sur ces pratiques sociales et des savoirs d’expériences voire d’usages de ces pratiques spécifiques (Tourmen & Droyer, 2013). Il s’agit de réfléchir à l’évaluation dans le cadre éducatif, c’est-à-dire non seulement le système scolaire mais plus largement tout élément constitutif d’une intention formative, orientée vers un public d’enfants ou d’adultes, d’institutions ou d’entreprises, selon des aspects formels ou informels, au niveau local, national ou international.

Depuis la docimologie d’Henri Pieron mettant en évidence les défauts de la notation[2](De Ketele, 2006) en passant par les propositions de Scriven organisant l’enseignement à partir de l’évaluation formative et certifiant les acquis par l’évaluation sommative, jusqu’aux questions posées par la mise à distance des formations, les techniques fondées sur les progrès informatiques bien des évolutions viennent modifier le paradigme éducatif et plus spécifiquement, évaluatif.

Les contributions à ce numéro pourront alors répondre aux questions qui suivent :

  • Quelles sont les avancées de la recherche en Sciences de l’éducation et de la formation qui ont permis de transformer le regard sur l’évaluation, d’ouvrir de nouveaux champs de réflexion ?
  • Quel(s) lien(s) peut-on penser entre l’évaluation dans le champ éducatif et la Société ?
  • Dans quelle(s) perspective(s) sont-elles l’une pour l’autre des sources d’influences ?
  • Quels en sont les effets sur les façons de produire de l’évaluation dans différents contextes et sur celles de faire de la recherche sur et pour l’évaluation ?

Par ailleurs, nous ne pouvons pas problématiser la question de l’évaluation sans réfléchir à la place du rapport technique-éthique. Quand il a été possible de construire une proposition d’action, qu’en est-il du droit que l’on a de l’appliquer tant l’évaluation est traversée par des enjeux de pouvoir entre les acteur×rice×s (Milner, 2011; Zarka, 2009)? Quels dégâts peuvent advenir ? Qui les assume, surtout si les résultats sont escomptés à long terme.

Pour finir, quelle est la place de l’utopie, si nécessaire aux progrès humains, qui a laissé croire à Hertz que des ondes pouvaient porter un message pendant que McLuhan professait qu’il résidait dans le médium ?

Nous proposons aux contributeur×rice×s d’inscrire leur proposition dans le contexte socio-historique de notre discipline, les sciences de l’éducation et de la formation. Chacun×e devra faire apparaître ce qui, dans ses recherches actuelles la ou le positionne au sein d’une controverse passée ou contemporaine sur l’évaluation (Mottier Lopez, 2009).

Les lignes qui précèdent montrent que le champ de réflexion est ouvert. Pour autant, comme indiqué, les propositions de contribution devront faire ressortir, soit les différents aspects d’une prise de parti, soit les arguments d’un choix, soit la variété des moyens à disposition au regard des situations-problèmes concernées, avec leurs avantages et leurs inconvénients, leurs bénéficiaires et leurs tributaires, etc.

Éléments bibliographiques :

De Ketele, J.-M. (2006). Contrôles, examens et évaluation. Dans Beillerot, J. et Mosconi, N. (dir.). Traité des sciences et des pratiques de l’éducation(p. 407-417). Paris : Dunod.

Hadji, C. (2014). L’évaluation est-elle condamnée à être une calamité sociale? In P. Maubant, D. Groux, et L. Roger (dir.), Cultures de l’évaluation et dérives évaluatives coordonné(p. 181-210). Paris: L’Harmattan.

Jorro, A. (2015). De l’évaluation à la reconnaissance professionnelle en formation. Revue française de pédagogie. Recherches en éducation, (190), 41-50.

Milner, J.-C. (2011). La politique des choses. Lagrasse : Verdier.

Mottier Lopez, L. (2009). L’évaluation en éducation : des tensions aux controverses. Dans L. Mottier-Lopez et M. Crahay (dir.) Évaluations en tension. Entre la régulation des apprentissages et le pilotage des systèmes.Bruxelles : De Boeck Université, p. 7-25.

Tourmen, C., & Droyer, N. (2013). Dialogues entre théories spontanées et théories académiques de l’évaluation. Mesure et évaluation en éducation, 36(3), 25-49.

Zarka, Y. C. (2009). L’évaluation : un pouvoir supposé savoir. Cités, 1(37), 113-123.

Calendrier provisoire : les projets de contributions sont à faire parvenir à la revue pour le 31 août 2019 à laussel@univ-tlse2.fret emmanuelle.annoot1@univ-rouen.fr

Les contributions retenues seront à rendre définitivement pour le 15 novembre 2019. Les auteur×rice×s doivent se conformer aux recommandations de la revue concernant la présentation et l’organisation des manuscrits.

Politique éditoriale de la revue e-JIREF et évaluation des articles : La Revue « Evaluer. Journal international de recherche en éducation et formation » (e-JIREF) est une revue scientifique francophone qui émane de l'ADMEE-Europe. Comme son titre l'indique, la revue envisage l'évaluation dans les champs de l'éducation et de la formation. Elle se propose de traiter de questions portant sur des thématiques diversifiées : les formes et fonctions de l'évaluation, ses enjeux psychologiques, sociaux et éthiques, ses étapes, ses objets d'études, ses méthodes et instruments, ses effets et utilisations, ses acteurs, ses partenaires et ses diverses approches disciplinaires. Les articles publiés font l'objet d'une évaluation en « double aveugle », par les pairs. La liste de tous les évaluateurs est publiée annuellement, que les articles soumis aient été ou non publiés, sans référence directe à ceux-ci.

[1]Programme for International Student Assessment.

[2]Sans pour autant militer pour son abandon, ce qui constitue en soi une controverse encore actuelle.